Anesthésie: période per-anesthésique et

monitorage chez le lapin

 

 

Esther van Praag, Ph.D.

 

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Les lapins sont souvent considérés comme des animaux difficiles en relation avec l’anesthésie générale. Ceci est probablement dû au fait que les dosages nécessaires pour induire et maintenir une anesthésie sont proches des doses toxiques, qui produisent des effets toxiques et une variété d’effets secondaires dus au stress et des réactions cardiaques et respiratoires. L’anesthésie du lapin est néanmoins considéré comme sûre, si un minimum de précautions sont prises tels un examen complet du lapin, l’utilisation d’agents anesthétiques appropriés et un équipement qui n’est pas défectueux et faire les différentes procédures sur un lapin calme.

Comme les lapins ne peuvent pas vomir, il n’est pas nécessaire d’éliminer la nourriture et la boisson plus de 2 à 4 heures avant l’intervention chirurgicale. En fait, les lapins dont la nourriture a été retirée sur longue période de temps présentent une tendance accrue à devenir hypoglycémique durant l’opération chirurgicale ou présentent des troubles digestifs après, due à une dysbiose bactérienne. La croissance de bactéries pathogènes entraîne le développement d’entéropathies. La guérison est par ailleurs ralentie chez les lapins privés de nourriture pendant des heures avant l’intervention. Il est ainsi recommandé de permettre au lapin de se nourrir jusqu’à 2 à 4 heures avant l’intervention. Ceci permet d’assurer qu’il n’y a pas de restes de nourriture dans la cavité orale et que l’estomac n’est pas surchargé en nourriture et tendu. La nourriture et la boisson doivent être immédiatement disponible après que le réveil du lapin

Un traitement pré-anesthétique peut être utile dans la préparation de l’anesthésie chirurgicale. Pour plus de détails, voir: Anesthésie du lapin. Part I Procédures pré-anesthétiques.

Induction de l’anesthésie générale

Le choix de l’agent anesthétique et la voie d’administration dépend de la santé générale du lapin et du temps nécessaire pour effectuer l’opération. L’administration intraveineuse d’agents anesthétiques est la voie la moins sûre car la dose toxique de certains agents anesthétiques est proche de celle nécessaire pour une anesthésie générale.

IMPORTANT

Les yeux des lapins sont grands. Il existe ainsi un risque accru de dommages et de dessèchement de la cornée durant les phases préopératoires et per-anesthétique. Les yeux doivent être protégés, soit en les fermant avec une bande adhésive micropore, soit en appliquant une solution ophtalmique huileuse

Akira Yamanouchi

Akira Yamanouchi

Lorsque l’intervention chirurgicale permet une anesthésie de courte durée, les injections sous-cutanées ou intramusculaires sont préférées. Si la méthode intramusculaire est choisie, des doses plus élevées d’anesthétiques doivent être utilisées. En conséquence, le temps de réveil est plus lent et les risques d’hypothermie sont accrus si un coussin chauffant (ou bouillotte) n’est pas utilisé ou si les solutions de solutés ne sont pas chauffées à la température du corps. Certains produits induisent des effets secondaires, par exemple les lapins anesthésiés régulièrement avec une mixture de kétamine/xylazine montrent un taux accru de maladies cardiaques et de mortalité. Il est nécessaire de tenir compte de ces effets secondaires sur une base individuelle, et en relation avec l’état de santé général du lapin. D’autres lapins présentent une difficulté accrue et le réveil après la procédure devient de plus en plus lent après des anesthésies répétées par voie injectable, par exemple pour des traitements dentaires.

Une liste des agents anesthétiques et antagonistes sûrs chez les lapins est disponible, avec la liste des effets secondaires observés.

L’anesthésie par inhalation de gaz anesthésiant est la méthode la plus courante utilisée chez le lapin. Lorsque cette méthode est choisie, une préparation préopératoire est recommandée. En effet, les lapins commencent souvent à se battre aussitôt qu’ils sentent l’odeur du gaz et peuvent se blesser en essayant de s’échapper (par exemple fracture de la colonne vertébrale). Les agents couramment utilisés sont l’isoflurane et le sévoflurane.

 

 

Vidéo prise par Debbie Hanson

Amir Maurer

Set complet d’instruments nécessaires pour une anesthésie par inhalation.

Amir Maurer

Vaporisateur pur l’agent anesthétique isoflurane (un éther halogéné utilisé pour les anesthésies par inhalation).

L’anesthésie par gaz peut être administrée dans une chambre d’induction ou en plaçant un masque facial sur la face et en tenant le lapin fermement.

Elena Grisafi

Amir Maurer

Induction de l’anesthésie chez un lapin place dans un box ou avec un petit masque nasal.

Dans les deux cas, le lapin essayera de retenir sa respiration, indépendamment de la méthode choisie. Plus rarement, de la bradycardie (rythme cardiaque trop bas par rapport à la normale) ou une détresse respiratoire est observée.

 

 

Préparation du lapin for une intervention chirurgicale et monitorage des paramètres vitaux durant l’induction de l’anesthésie.

Vidéo prise par Debbie Hanson.

Lorsque des chambres d’induction sont utilisées, il est conseillé de sortir le lapin s’il montre des signes de relaxation et de lui placer un masque, placé profondément sur la face, afin de diminuer l’espace mort.

 

Induction de l’anesthésie sur un lapin place dans un box d’induction.

Vidéo prise par Elena Grisafi.

Le masque présente l’avantage qu’il peut être rapidement retiré et replacé dès que l’animal se remet à respirer normalement. Lorsque le lapin refuse de respirer, il est possible de faire une induction avec du propofol ou de l'étomidate, avant de replacer le masque et continuer avec l’agent anesthétique inhalant choisi.

Amir Maurer

Différentes tailles de masques faciaux.

Amir Maurer

Elena Grisafi

Les lapins respirent obligatoirement par le nez. Un petit masque place sur la région nasale suffit à induire l’anesthésie. D’autres préfèrent utiliser un masque recouvrant la totalité de la face.

Monitorage de l’anesthésie

Après la phase d’induction, les préparatifs pour l’intervention chirurgicale peuvent commencer. Ceux-ci incluent le rasage de la fourrure et la désinfection de la peau. Avant que l’animal ne soit recouvert d’un drap chirurgical, le niveau et la profondeur de l’anesthésie doivent être vérifiés. Des méthodes sûres chez le lapin sont :

    Réflexe pédal, rétention de la respiration ou hypoxie, et cri: anesthésie de profondeur légère;

    Réflexe palpébral (paupières), pincement de l’oreille ou réaction de rétraction gauche: anesthésie de profondeur moyenne;

    Réflexe cornéen: anesthésie de profondeur dangereuse. Si une telle profondeur est atteinte, un arrêt cardiaque peut avoir lieu. Des mesures d’urgence doivent être entreprises, en réduisant ou arrêtant l’administration d’anesthétiques. Exception : anesthésie avec la médétomidine.

L’anesthésie nécessaire à une intervention chirurgicale est atteinte lorsque les réflexes après pincement de l’oreille et la tension musculaire au niveau de la mâchoire sont perdus.

Durant l’anesthésie, la couleur des muqueuses (yeux, lèvres, langue), le taux respiratoire, le rythme cardiaque et la température rectale doivent être surveillés.

Monitorage des paramètres vitaux

Monitorage du taux, du rythme et de la profondeur respiratoire

Le taux de respiration dépend de l’agent anesthétique utilisé. En général, on observe une diminution du nombre d’inspiration par minute, autour de 30 à 60. La situation devient dangereuse lorsque le taux de respiration passe en dessous de 30 inspirations par minutes ou à moins de 50% du taux normal. Une fois la profondeur de l’anesthésie et les paramètres vitaux stabilisés, le taux de respiration doit rester régulier et lent, quoique des changements rapides sont parfois observés chez les lapins.

Le taux de respiration peut être contrôlé en observant le mouvement du thorax, si aucun drap chirurgical n’est utilisé. Si ceci n’est pas possible, la respiration doit être surveillée. Il faut mentionner que certains appareils électriques sont incapables de mesurer le rythme rapide de respiration rapide des lapins et autres petits animaux, et sont donc inefficaces.

L’état physiologique du lapin peut être suivi en vérifiant le taux de CO2 (capnographie). Dans ce cas, il est important de noter la tendance générale, et non se focaliser sur les chiffres individuels. Si la capnographie est utilisée, il faut tenir compte de l’espace mort de l’équipement et du masque facial. le système non-aspiratif (mainstream) n’est ainsi pas recommandée. La capnographie de type aspiratif (side-steam) est recommandée, même si le volume de gaz échantillonné peut être grand en comparaison du volume d’air inspiré et expiré à chaque mouvement respiratoire.

Monitorage du cœur et du rythme cardiaque

Il est important de suivre l’activité cardiaque chez les lapins anesthésiés En effet, un examen préopératoire peut élever dangereusement le niveau de catécholamines dans le sang (hormones du stress), entraînant des effets désastreux comme une mauvaise oxygénation (hypoxémie) ou un excès de CO2 dans le sang (hypercapnie).

D’autres problèmes observés chez le lapin incluent l’hypotension et un rythme cardiaque anormalement bas (bradycardie).

Akira Yamanouchi

Lapin anesthésié avec un oxymètre attaché à sa queue

Akira Yamanouchi

Monitorage de l’activité cardiaque et respiratoire

Le rythme cardiaque du lapin est rapide et peut excéder 250 battements par minute. Un électrocardiogramme peut être difficile à enregistrer, car les limites supérieures des moniteurs sont atteintes (souvent placée à 250-300 battement par minute), sauf lorsque la médétomidine ou la mixture kétamine/médétomidine est utilisée (diminution à 120-160 battements par minute).

Un oxymètre permet de suivre le rythme cardiaque et le niveau d’oxygénation. Les valeurs doivent typiquement rester à plus de 90% ; des valeurs moindres indiquent que le niveau d’oxygène dans le sang est insuffisant (hypoxémie).

De signaux sûrs sont obtenus lorsque la sonde est fixée à la queue, les oreilles, la langue ou aux doigts chez les espèces plus grandes.

Un arrêt cardiaque peut avoir lieu durant l’anesthésie. Cette urgence laisse peu de temps pour intervenir proprement. En effet, chez les lapins les arrêts cardiaques sont rapidement suivis par un arrêt respiratoire, et de la mort

Monitorage de la température du corps

Le contrôle de la température est important chez le lapin:

    La surface du corps est grande en rapport avec la masse du corps: entraînant une perte rapide de la température;

    Perte de température par convection et radiation;

    L’influence possible des agents anesthétiques sur les mécanismes de contrôle de la température du corps;

    un équilibre doit être trouvé entre la surface minimum à raser au site de l’intervention chirurgicale, et la quantité minimale de solution antiseptiques à utiliser.


Akira Yamanouchi

Raser la fourrure sur le ventre du lapin.

Akira Yamanouchi

Désinfection de la peau, avant l’intervention chirurgicale. Le rasage et la désinfection doivent sur faire sur une surface minimale afin d’éviter une chute de la température du corps.

L’hypothermie tend à accroître dangereusement la profondeur de l’anesthésie durant la procédure chirurgicale. Ceci peut être accompagné d’hypoxie et d’acidose, d’arythmie cardiaque et/ou de trouble du métabolisme des plaquettes du sang.

La température corporelle du lapin anesthésié peut être contrôlée grâce à un thermomètre électronique ou un thermosenseur inséré profondément dans le rectum.

Le maintien de la température corporelle peut être assuré par des coussins chauffant, des bouillottes ou par des convecteurs. Si des solutions de solutés doivent être administrées, celles-ci doivent être chauffées à la température du corps.

Remerciements

Merci beaucoup au Dr. Amir Maurer, (Israel), à Elena Grisafi (Suisse), et à Akira Yamanouchi (Veterinary Exotic Information Network, Japan) pour la permission d’utiliser leurs photos ici. Merci aussi aux vétérinaires Thomas et Caroline Pilloud (Cabinet vétérinaire du Brevil, Boudevilliers, Suisse) pour leur coopération.

Further Information

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