La Zoothérapie avec les lapins

 

 

Elena Grisafi Favre

Responsable du refuge de la Colline aux lapins et zoothérapeute diplômée à l’institut de zoothérapie international

 

 

Toute personne qui a partagé ou qui partage sa vie avec un animal a sûrement déjà expérimenté une fois le pouvoir thaumaturgique que notre animal a sur nous.

Quand nous sommes tristes ou angoissés, il n’y a rien de mieux que de caresser son chat ou aller promener le chien, ou alors regarder les lapins jouer insouciants dans le jardin.

Quand nous nous sentons seuls, abandonnés ou pas aimés, il est suffisant de nous adresser à notre animal, il sera là pour nous consoler, pour remplir un vide, pour nous faire un câlin. Le fait de l’observer, de partager notre vie avec lui, d’avoir quelqu’un de qui s’occuper a des bienfaits sur notre santé physique et bien sûr psychologique.

La reconnaissance de la valeur thérapeutique des animaux, qui remonte à l’antiquité et pendant les siècles est devenue de plus en plus importante, trouve aujourd’hui une structuration méthodologique et des emplois ciblés pour des pathologies spécifiques.  Pour indiquer ce nouveau type d’approche thérapeutique on parle de zoothérapie (traduction du néologisme anglais « pet therapy », inventé par le pédopsychiatre Boris Levinson dans les années 1950-60).

Chez les enfants avec des problématiques particulières, chez les personnes âgées et chez certaines catégories de malades et de personnes avec des handicaps physiques et psychiques, mais aussi pour des personnes en état de stress post-traumatique ou des détenus, le contact avec un animal peut aider à satisfaire certains besoins primordiaux (affection, sécurité, relations interpersonnelles), à  contribuer à la récupération de certaines capacités que la personne peut avoir perdu. L’animal peut agir comme amortisseur de stress et de conflits dans certaines situations (par exemple en milieu carcéral entre les détenus et entre le personnel et les détenus). L’intervention des animaux stimule l’attention, aide à établir des contacts visuels et tactiles, crée une interaction communicative et émotionnelle, favorise la relaxation et le contrôle de l’anxiété et de l’excitation ; les caresses ou le fait de brosser l’animal stimulent le mouvement des membres supérieurs des personnes qui ont des capacités de mouvement limitées tandis que la déambulation avec l’animal peut stimuler les membres inférieurs et rendre tout exercice de réhabilitation moins ennuyeux et plus stimulant.

Les animaux en zoothérapie…

Tous les animaux domestiques ou presque peuvent intervenir dans des activités de zoothérapie. Il y a quand même des critères qui doivent être tenus en considération lors du choix de l’animal selon son espèce, sa race et selon le type de clientèle avec laquelle on va travailler.

En général, les animaux assistants zoothérapeutes, qu’ils soient à plumes ou à poils, devraient être sociables, doux, pas peureux ni trop timides, résistants au stress et naturellement en bonne santé physique et psychologique. Une très bonne entente et un lien de confiance avec l’humain zoothérapeute sont aussi indispensables pour mener à bien l’activité.

Les animaux sont là pour nous accompagner dans notre travail de thérapeutes. Ceci ne signifie pas qu’ils doivent être exploités et usés jusqu’au bout comme on ferait avec un simple outil. Notre première tache est de bien connaître les animaux avec qui nous travaillons pour détecter immédiatement tout signe de malaise. Il ne faut jamais oublier que nous avons des outils pour nous protéger dans une situation qui nous met mal à l’aise, mais ce n’est pas toujours le cas pour nos animaux qui absorbent sans défense le stress, les pensées négatives, le mal être des personnes avec qui ils se trouvent.

Les animaux assistants thérapeutes ont des besoins bien spécifiques qui doivent absolument être pris en compte. Tout comme nous, eux aussi ont besoin de se ressourcer, de décompresser, de se reposer. Ils ont besoin de jouer, de vivre selon les besoins de leur espèce. Ils ont besoin d’un compagnon, s’il s’agit d’animaux grégaires (lapins, cochons d’inde, chinchilla, rats, tourterelles), ils ont besoin de bouger, de courir, de bondir et non de rester enfermés tout seuls dans une cage entre une intervention et l’autre. Ils ont besoin d’une nourriture adaptée, d’une litière confortable, de soins attentifs et réguliers et d’un repos mérité après le travail.

Le lapin, l’assistant thérapeute polyvalent

Mes assistants préférés en zoothérapie sont naturellement les lapins.

Le lapin est très attachant. Il nous conquiert par sa timidité et discrétion, mais aussi pour sa témérité inattendue et sa curiosité sans limites. Son regard naïf, ses yeux écarquillés, ses grandes oreilles et sa fourrure soyeuse nous donnent envie de le protéger, de lui confier les secrets les plus précieux, de le porter, de le caresser, de le brosser. Le lapin nous apprend le respect, le partage, nous incite à utiliser nos mains avec douceur, à trouver un autre mode de communication, différent de ceux dont on a l’habitude. Le lapin est un bon stimulateur sensoriel, par sa douceur il nous met en confiance et nous fait sourire si on prend le temps de l’observer en liberté.

Ulysse et Luna, un cas concret

Ulysse et Luna m’accompagnent pendant les interventions en zoothérapie auprès des personnes âgées. Ils font partie d’une portée qu’a été abandonnée dans mon refuge. Ils avaient 3 mois environ lorsque je les ai accueillis.

En observant de près le comportement des lapereaux de la portée, j’ai tout de suite remarqué Ulysse et Luna pour leur saine vivacité, leur douceur et leur curiosité. Pas peureux du tout, ils ont tout de suite manifesté un intérêt pour moi et les humains qui les entouraient. Ils se laissaient porter sans crainte, manipuler sans gigoter dans tous les sens, mettre sur le dos docilement. Jamais ils n’ont mordu ni montré de signes d’agressivité, même la première fois que je les ai amenés en visite à la maison de retraite. Les résidents étaient tellement contents et émus devant ces deux petits lapins que le choix a été vite fait : j’ai donc décidé de les accueillir chez moi et d’en faire mes collègues de travail.

Ulysse et Luna sont très appréciés par les résidents : tout d’abord leur taille moyenne me permet des les installer confortablement sur les genoux des personnes pour qu’elles puissent les caresser, les brosser, profiter de leur présence chaleureuse mais pas très lourde ni envahissante.

La couleur de mes lapins (ils sont blancs avec des taches noires, « on dirait des dalmatiens », pour citer une dame du home) rappelle aux personnes âgées des événements du passé : « Nous aussi nous avions des lapins comme ceux-ci à la ferme» me dit toujours Mme F. « mais les nôtres étaient pour manger ». Souvent c’est l’occasion de commencer à raconter comment se déroulait la vie à la ferme, les animaux présents, les événements qui marquaient l’enchaînement des saisons, le travail dans les champs, les histoires de famille. Des histoires qui s’entremêlent avec celles des autres résidants qui tout d’un coup ont aussi quelque chose à raconter et la salle qui juste avant était silencieuse et un peu triste résonne de voix émues et enthousiastes.

Le caractère d’Ulysse et Luna est parfait : ils sont gentils, discrets, câlins, calmes. Ils se laissent porter facilement, caresser, brosser, nourrir à la main sans mordre ou montrer de signes d’impatience.

Ils se laissent aussi faire des bisous, surtout Luna, qui est devenue la préférée de Mme B. :

« La séance est terminée Madame, je dois partir. »

- « Vraiment vous devez partir ? Oh j’aimerais tellement garder Luna avec moi ! »

- « Nous allons revenir bientôt Madame, maintenant je vais reprendre Luna pour la ramener à la maison, elle a besoin de se reposer un peu ».

Mme B. me regarde avec un air de petite fille, j’ai compris.…

- « Si vous voulez vous pouvez lui faire un bisou avant de partir ».

D’un regard rayonnant, Mme B. dépose un bisou tout léger sur le museau de Luna et toute  heureuse, me rend  ma lapine.

 

«  Un animal n’est pas une marchandise. C’est par l’action des hommes qu’il est devenu un compagnon et c’est par amour qu’il nous reste fidèle dans notre vie quotidienne. Il nous fait confiance. Il a donc le droit au respect, à la dignité, au bonheur. Et nous avons des obligations à son égard ». (Auteur inconnu)

 

 

 

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