Comment obtenir un lapin blanc aux yeux rouges

qui ne soit pas un albinos?

 

 

Michel Gruaz

 

 

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C'est ce qu'ont appris nos experts, à l'issue de l'excellente initiation à l'étude de l'hérédité donnée par Urban Hamann. Ce membre de la commission technique est passionné par la génétique du lapin. Notons que depuis l'an dernier des cours théoriques sont dispensés aux experts qui le souhaitent.

Le thème est certes laborieux mais, bien commenté, avec des exemples tirés de la pratique et des images parlantes, celui-ci devient plus digeste. Cette instruction doit être dispensée à des auditeurs intéressés car elle nécessite trois heures d'écoute attentive. Ce n'est donc pas un sujet à enseigner un vendredi soir à des membres d'une société, fatigués par l'activité professionnelle de toute une semaine. A Holziken, la première partie du cours consistait en une répétition générale des principes de l'hérédité, donc des fondements. Pour cela Hamann rappela les termes utilisés dans ce domaine ainsi que leur signification. Les principes de l'hérédité sont complexes mais, bien vulgarisés par le conférencier, ils deviennent compréhensibles pour la grande majorité des auditeurs. En ce qui concerne les experts, il est éminemment souhaité que ces derniers puissent répondre aux questions posées par les éleveurs et leur indiquer ce qu'ils doivent attendre des descendants d'un accouplement de purs lapins Martre ou de tachetés de mouchetures. Savoir aussi que de accouplement d'un Blanc de Vienne avec une femelle Néo-zélandais blanche il ne descendra que des sujets colorés, devrait aussi faire partie des connaissances de base de tout spécialiste.

Transmission des caractères des ascendants aux descendants

L'hérédité permet avant tout la conservation de l'espèce, mais aussi de la race et de la famille. Elle comprend le report des caractéristiques visibles dans l'apparence extérieure (phénotype) mais aussi toutes les particularités cachées, donc récessives, qui généreront des qualités ou/et des défauts dans le futur. Les éleveurs travaillent heureusement avec un matériau héréditaire noble et naturel, ils ne sont nullement concernés par les manipulations génétiques à la mode dont nous entendons trop fréquemment parler. Du fait qu'ils souhaitent si possible ne rien laisser au hasard, ils sont ouverts et, en parfaite connaissance de cause, sont préparés à être confrontés à la génétique. Après le processus complexe de multiplication, puis division des cellules appelé méiose, 22 chromosomes et leurs très nombreux gènes proviennent à part égale de chacun des deux parents. Les descendants devraient donc, sans l'énorme brassage génétique qui intervient alors et fait en sorte qu'aucune bête possède exactement le même génotype, être tous pareils. Or seuls les vrais jumeaux, issus du même œuf ou zygote, possèdent le même patrimoine génétique. Par l'élevage en lignées, on réduit les possibilités de fluctuations, tant sur le plan du phénotype que du génotype, et on tend à la pureté des caractères et à une uniformité des sujets. On juge les qualités d'élevage d'un lapin sur la base du niveau de sa famille, de sa lignée et de sa souche. Aussi, l'éleveur expérimenté achètera plus volontiers un sujet ayant obtenu 95 points, mais dont plusieurs bêtes du même éleveur ont aussi de belles qualités, plutôt qu'un sujet trompe l'œil à 96 points issu d'un élevage peu stabilisé et irrégulier.

Le mâle chez les mammifères mais la femelle chez les ovipares

Il est bien connu que chez les mammifères c'est le mâle qui détermine le sexe des descendants. Ceci compte tenu du fait que son dernier chromosome est constitué d'un X et d'un Y. Il est donc, sur ce caractère, à hérédité divisée alors que la femelle XX est à hérédité nette. Elle seule ne peut donc donner naissance qu'à des femelles. Chez les oiseaux par exemple c'est le contraire qui prévaut. De plus, si chez les oiseaux, à l'instar de ce qui est la règle pour la chatte tricolore, les couleurs du mâle et de la femelle sont très différentes, c'est que les gènes qui déterminent la couleur se trouvent sur le chromosome X. En théorie, selon les principes de l'hérédité, le nombre de mâles et de femelles est quasi identique. Contrairement au gag sexiste d'un participant, si dans de nombreux pays il y a plus de femmes que d'hommes, cela n'est pas dû au fait qu'il y a plus à nettoyer qu'à réfléchir. Non, cette réalité a trait à une plus grande longévité féminine. Les lois de l'hérédité de Mendel ont aussi été rappelées et expliquées sur la base d'exemples bien concrets. Il en est de même du schéma de la transmission des maladies héréditaires comme les dents longues, les anomalies des yeux ou toute malformation des organes génitaux par exemple.

La particularité des lapins dont la graisse est jaune

Il est important de savoir que des frères et sœurs peuvent parfois présenter moins de dispositions héréditaires similaires que des sujets de parenté éloignée. Toutefois, lorsque deux parents ne sont pas déjà apparentés, le taux d'uniformité des descendants est en général de 50 %. Hamann rappela par quel phénomène apparaissaient les couleurs et expliqua qu'un sujet de couleur jaune ou rouge pouvait présenter des nuances très différentes en fonction du rayonnement de la lumière du moment. Il précisa, contrairement à une croyance d'éleveur qui a la vie dure, que le lapin ne peut en aucun cas emmagasiner du carotène dans son pelage. Aussi, la distribution d'aliments colorés, tels que carottes ou betteraves rouges, n'influe pas du tout sur la couleur du pelage des lapins. Dans certains cas, une anomalie génétique fait que des bêtes de diverses races accumulent alors les pigments jaunes des aliments distribués dans leur graisse, laquelle devient de plus en plus jaune avec l'avancement de l'âge.

Obtenir un lapin blanc aux yeux rouges non albinos

Même si il n’y a pas vraiment d’intérêt à obtenir un tel sujet, la théorie démontre clairement, qu’en utilisant, à la base des croisements à entreprendre, des bêtes pures sur le pan racial et en ayant connaissance des lois de l’hérédité, ce pari est réalisable. Qui de plus aurait pensé que deux solutions de croisements pouvaient aboutir à ce même objectif un peu loufoque ? En combinant, par accouplement le facteur russe avec le facteur leuciste, donc par exemple un Nain de couleurs russe avec un Nain de couleurs blanc aux yeux bleus, les descendants de F1 seront de couleur unie mais auront perdu les caractéristiques des deux facteurs initiaux (russe et leucisme).

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Lapin nain russe avec le museau, les oreilles et la queue noires

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Lapin nain aux yeux bleus

 

En accouplant ensuite entre eux les sujets de F1, la science de l'hérédité confirme que 1/16 des descendants seront blancs aux yeux rouges sans être albinos. Pour en avoir la preuve formelle, on procédera à un accouplement ultérieur avec un lapin Hermelin dont il n'en résultera alors que des bêtes colorées. La deuxième solution consiste à combiner le facteur chinchilla avec le facteur „lutino“, une caractéristique de l'élevage danois inconnue dans notre pays, qui permet à des bêtes de couleur jaune d’avoir les yeux rouges de l'albinos, on aboutit aisément à obtenir en F2 un seizième de lapins blancs aux yeux rouges qui ne sont pas des albinos. Comme la proportion n'est que d'un seizième, le succès ne sera peut-être pas assuré lors de la première nichée déjà.

Informations supplémentaires

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